La question « où » est aussi critique que la question « comment ». Le verrou territorial est la troisième dimension nécessaire pour passer d'un projet à une politique.
Chaque site requiert 330 000 t/an de biomasse sèche mobilisable dans un rayon de 35 à 50 km. En croisant quatre critères objectifs — gisement mobilisable, accès réseau GRDF, taux de boisement, tensions d'usage existantes — cette analyse identifie quatre types de territoires, dont une catégorie paradoxale : les zones à fort risque incendie, où la pyrogazéification n'est pas une contrainte à éviter mais un outil de résilience forestière.
Le Programme Résilience V11 prévoit le déploiement de 150 sites de pyrogazéification de 1 000 t/j sur le territoire métropolitain à horizon 2040. Chacun requiert 330 000 t/an de biomasse sèche mobilisable dans un rayon de 35 à 50 km — condition sine qua non de la viabilité économique avant même que la question technologique ne se pose.
Cette analyse répond à une question pratique et stratégique : où positionner ces 150 sites ? En croisant quatre critères objectifs (gisement biomasse mobilisable, accès réseau GRDF, taux de boisement, tensions d'usage existantes), elle identifie quatre types de territoires aux profils distincts — dont une catégorie rarement discutée en dehors de ce corpus : les zones à fort risque incendie, où la pyrogazéification devient un outil de résilience forestière à mobiliser en priorité plutôt qu'une contrainte à éviter.
Le croisement du gisement biomasse net, de l'accès au réseau GRDF, du taux de boisement/bocage et de la tension d'usage existante fait apparaître quatre familles de territoires, chacune avec sa mission spécifique.
Tableau 1 — Matrice des critères de sélection par type de zone. Les nombres de sites sont des estimations indicatives à affiner par étude SIG détaillée.
La Zone A regroupe les territoires qui cumulent trois gisements complémentaires (forêt, bocage, résidus agricoles) dans un même bassin de 40 km, un réseau GRDF dense, et une tension d'usage bois-énergie restée limitée. C'est le cœur industriel du programme — dimensionné pour la performance.
Gisement réel mais moins diversifié qu'en Zone A, ou réseau GRDF nécessitant des extensions. Rôle complémentaire : structurer des filières locales qui n'existent pas encore et consolider l'équilibre territorial du programme.
Les territoires méditerranéens à fort risque incendie ont d'abord été exclus de l'analyse, puis reconsidérés pour une raison fondamentale : l'absence de débouché économique pour la biomasse combustible est précisément ce qui l'accumule et alimente les grands feux. La pyrogazéification devient l'outil qui rend la sylviculture préventive économiquement viable sans subvention — pas la victime du problème.
Territoires où le gisement ligneux (forêt + bocage) est structurellement insuffisant, même en combinant toutes les sources. La paille seule ne peut constituer l'intégralité d'un gisement de site : qualité trop homogène, fenêtre de récolte concentrée sur 4–6 semaines, variabilité inter-annuelle élevée.
| Territoire | Raison d'exclusion | Alternative proposée |
|---|---|---|
| Beauce (Eure-et-Loir, Loiret) | Boisement < 10 % — gisement mono-source | Méthanisation (CIVE, effluents) ou paille en appoint Zone A/B |
| Plaine alsacienne (Bas-Rhin) | Bocage inexistant — forêts vosgiennes trop éloignées du réseau | Sites Zone A repositionnés en Vosges / Haut-Rhin |
| Île-de-France | Pression foncière extrême — forêts protégées non mobilisables | Hors périmètre — méthanisation des biodéchets urbains |
| Brie champenoise (Marne, Aube) | Grandes cultures sans massif forestier | Méthanisation agricole (effluents viticoles + CIVE) |
L'exclusion de la Zone D n'est pas définitive — c'est une question de priorité. Si les 150 sites de Zones A, B et C démontrent leur viabilité sur 2029–2040, une Phase 2 pourrait explorer des sites mixtes pyrogazéification/méthanisation dans certains territoires de Zone D, avec des seuils de gisement bois revus à la baisse.
35 sites en Phase 1 (2029–2033) exclusivement en Zone A — validation industrielle sur le risque logistique minimal — avant tout déploiement en Zone B et C en Phase 2 (2034–2040). Cette séquence protège le programme contre un échec précoce sur des sites plus complexes.
| Territoire | Zone | Sites | Phase 1 (29–33) | Phase 2 (34–40) |
|---|---|---|---|---|
| Grand Ouest bocager | A | 55 | 20 | 35 |
| Grand Est forestier | A | 30 | 8 | 22 |
| Massif Central | A | 25 | 5 | 20 |
| Normandie-Picardie céréalière | B | 10 | 2 | 8 |
| Nouvelle-Aquitaine (hors Landes) | B | 10 | 0 | 10 |
| Bourgogne-Franche-Comté | B | 10 | 0 | 10 |
| Zones méditerranéennes (DFCI) | C | 10 | 0 | 10 |
| TOTAL A+B+C | — | 150 | 35 | 115 |
35 sites Phase 1 (23 %) — exclusivement Zone A · 115 sites Phase 2 (77 %) — Zones A, B et C
Cette note constitue un cadre d'analyse stratégique — pas une localisation définitive. Avant tout engagement de Phase 1 sur un site précis :
Au-delà d'un programme énergétique, Résilience est aussi un programme de gestion des risques naturels. Les 10 sites de Zone C ne produisent pas seulement du biométhane — ils réduisent structurellement le risque d'incendie sur des millions d'hectares actuellement non gérés. Un argument pour Piednoir (OPECST) et les ministères de l'Agriculture et de l'Intérieur, au-delà du seul ministère de l'Énergie.