Note de positionnement stratégique · V1 · Juin 2026 · Programme Résilience V11

150 sites de pyrogazéification.
Où les positionner sans créer de tension sur la ressource ?

La question « où » est aussi critique que la question « comment ». Le verrou territorial est la troisième dimension nécessaire pour passer d'un projet à une politique.

Chaque site requiert 330 000 t/an de biomasse sèche mobilisable dans un rayon de 35 à 50 km. En croisant quatre critères objectifs — gisement mobilisable, accès réseau GRDF, taux de boisement, tensions d'usage existantes — cette analyse identifie quatre types de territoires, dont une catégorie paradoxale : les zones à fort risque incendie, où la pyrogazéification n'est pas une contrainte à éviter mais un outil de résilience forestière.

150
sites visés à 2040
4
types de territoires
35
sites Phase 1 · 2029–2033
330k
t/an biomasse par site
La matrice des 4 zones → ↓ Note complète PDF
Introduction

Le verrou technologique est documenté.
Le verrou logistique est quantifié.
Reste le verrou territorial.

Le Programme Résilience V11 prévoit le déploiement de 150 sites de pyrogazéification de 1 000 t/j sur le territoire métropolitain à horizon 2040. Chacun requiert 330 000 t/an de biomasse sèche mobilisable dans un rayon de 35 à 50 km — condition sine qua non de la viabilité économique avant même que la question technologique ne se pose.

Cette analyse répond à une question pratique et stratégique : où positionner ces 150 sites ? En croisant quatre critères objectifs (gisement biomasse mobilisable, accès réseau GRDF, taux de boisement, tensions d'usage existantes), elle identifie quatre types de territoires aux profils distincts — dont une catégorie rarement discutée en dehors de ce corpus : les zones à fort risque incendie, où la pyrogazéification devient un outil de résilience forestière à mobiliser en priorité plutôt qu'une contrainte à éviter.

Ce que cette analyse change : la question décisive n'est plus « peut-on faire un site ? » — la faisabilité locale est démontrée par l'étude de cas normande. C'est « peut-on faire 150 sites sans tensions cumulées sur la ressource ? ». Cette analyse territoriale est le préalable à cette démonstration.
Grille de sélection

Quatre critères, quatre profils
de territoires

Le croisement du gisement biomasse net, de l'accès au réseau GRDF, du taux de boisement/bocage et de la tension d'usage existante fait apparaître quatre familles de territoires, chacune avec sa mission spécifique.

Priorité 1
Zone A
~110
Gisement net (r=40km)≥ 400 000 t/an
Réseau GRDFDense ≤ 15 km
Boisement / bocage≥ 30 % ou bocage dense
Tension d'usageFaible à modérée
MissionProduction optimale biométhane + biochar
Priorité 2
Zone B
~30
Gisement net (r=40km)250 000–400 000 t/an
Réseau GRDFModéré 15–30 km
Boisement / bocage20–30 % boisement
Tension d'usageModérée — à vérifier
MissionProduction + structuration filière locale
Spéciale incendie
Zone C
~10
Gisement net (r=40km)≥ 200 000 t/an (biomasse combustible)
Réseau GRDFFaible — compression locale
Boisement / bocageForêt méditerranéenne dense mais combustible
Tension d'usageQuasi nulle — forêt non gérée
MissionProduction + DFCI préventive (double mission)
Exclue
Zone D
0
Gisement net (r=40km)< 200 000 t/an
Réseau GRDFAbsent ou très loin
Boisement / bocage< 15 % — plaines agricoles pures
Tension d'usageN/A — gisement insuffisant
MissionHors périmètre pyrogazéification

Tableau 1 — Matrice des critères de sélection par type de zone. Les nombres de sites sont des estimations indicatives à affiner par étude SIG détaillée.

Zone A · Priorité 1 · ~110 sites

Les territoires à gisement complet

La Zone A regroupe les territoires qui cumulent trois gisements complémentaires (forêt, bocage, résidus agricoles) dans un même bassin de 40 km, un réseau GRDF dense, et une tension d'usage bois-énergie restée limitée. C'est le cœur industriel du programme — dimensionné pour la performance.

55
Grand Ouest bocager
Normandie · Bretagne · Pays de Loire · Poitou-Charentes
Le territoire le plus favorable de France — cas d'étude du document Logistique V2. 123 400 km de haies bocagères (160 000–240 000 t/an), 1,9 Mt/an de paille (excédent 210 000 t/an), massifs feuillus. Répartition calendaire idéale : paille (juil.–août) + forêt (oct.–déc.) + bocage (jan.–mars).
25
Massif Central
Auvergne · Corrèze · Creuse · Lozère · Ardèche nord
Biomasse forestière feuillue abondante, structurellement sous-exploitée (taux de prélèvement < 50 % de la production biologique nette). Tensions d'usage faibles. Gisement quasi-vierge du point de vue pyrogazéification — contrainte : réseau GRDF moins dense, extension ou compression locale à prévoir.
30
Grand Est forestier
Vosges · Alsace · Bourgogne nord · Champagne-Ardenne
Production biologique de bois la plus élevée de France : 7 m³/ha/an contre 5,3 en moyenne nationale (IGN IFN 2024). Seule région où la forêt publique est majoritaire (56 % vs 25 % national) — contractualisation ONF facilitée. Vigilance : industrie papetière déjà consommatrice de bois de faible dimension.
Conclusion Zone A : c'est là que les 20 premiers sites de Phase 1 (2029–2033) devront être implantés pour démontrer la viabilité industrielle avant le déploiement élargi vers les Zones B et C — coût logistique minimal, réseau GRDF accessible, gisement multi-sources éprouvé.
Zone B · Priorité 2 · ~30 sites

Les territoires à structurer

Gisement réel mais moins diversifié qu'en Zone A, ou réseau GRDF nécessitant des extensions. Rôle complémentaire : structurer des filières locales qui n'existent pas encore et consolider l'équilibre territorial du programme.

10
Normandie-Picardie céréalière
Pays de Caux · Picardie · Vexin normand
1,9 Mt/an de paille en Normandie seule, mais bocage en fort recul depuis les remembrements — mix à deux sources moins robuste qu'à l'Ouest bocager. Les coopératives céréalières (Invivo, Axereal) peuvent structurer directement l'approvisionnement paille.
10
Nouvelle-Aquitaine
Dordogne · Lot-et-Garonne · Charente (hors Landes strict)
Le massif des Landes (1 Mha de pin maritime) est énorme mais le pin produit des résines modifiant le syngas — à valider en Phase 0. Positionnement préférentiel en Dordogne : forêts feuillues mixtes, bocage périgourdin, résidus de maïs — profil plus favorable.
10
Bourgogne-Franche-Comté
Châtillonnais · Morvan · Jura
Forêts feuillues de haute qualité, bonne desserte, réseau GRDF développé. Contrainte principale : filière bois d'œuvre structurée (tonnellerie, merrains) déjà en place — les sites doivent cibler les flux non concurrents (rémanents, bois secs non commerciaux).
Zone C · Spéciale incendie · ~10 sites

La zone paradoxale

Les territoires méditerranéens à fort risque incendie ont d'abord été exclus de l'analyse, puis reconsidérés pour une raison fondamentale : l'absence de débouché économique pour la biomasse combustible est précisément ce qui l'accumule et alimente les grands feux. La pyrogazéification devient l'outil qui rend la sylviculture préventive économiquement viable sans subvention — pas la victime du problème.

4
territoires identifiés
Gard/Hérault · Var intérieur · Corse intérieure · Ardèche-Drôme
60–80 %
subventions DFCI
Débroussaillage éligible — cofinancement additionnel inexistant en Zone A/B
60–90j
stock tampon requis
vs 30–45 jours en Zone A/B — aléa incendie imprévisible
Renversement du modèle : au lieu que l'État paie pour qu'on enlève la biomasse combustible, le site paie le propriétaire forestier pour qu'il l'apporte. Le plan de massif DFCI pilote la collecte — le site s'y adapte, devenant prestataire de service DFCI et non simple consommateur de biomasse. Chaque site est co-signé par l'opérateur et le service départemental DFCI, avec audit annuel de la réduction du risque incendie.
Zone D · Exclue

Les plaines agricoles sans biomasse ligneuse

Territoires où le gisement ligneux (forêt + bocage) est structurellement insuffisant, même en combinant toutes les sources. La paille seule ne peut constituer l'intégralité d'un gisement de site : qualité trop homogène, fenêtre de récolte concentrée sur 4–6 semaines, variabilité inter-annuelle élevée.

TerritoireRaison d'exclusionAlternative proposée
Beauce (Eure-et-Loir, Loiret)Boisement < 10 % — gisement mono-sourceMéthanisation (CIVE, effluents) ou paille en appoint Zone A/B
Plaine alsacienne (Bas-Rhin)Bocage inexistant — forêts vosgiennes trop éloignées du réseauSites Zone A repositionnés en Vosges / Haut-Rhin
Île-de-FrancePression foncière extrême — forêts protégées non mobilisablesHors périmètre — méthanisation des biodéchets urbains
Brie champenoise (Marne, Aube)Grandes cultures sans massif forestierMéthanisation agricole (effluents viticoles + CIVE)

L'exclusion de la Zone D n'est pas définitive — c'est une question de priorité. Si les 150 sites de Zones A, B et C démontrent leur viabilité sur 2029–2040, une Phase 2 pourrait explorer des sites mixtes pyrogazéification/méthanisation dans certains territoires de Zone D, avec des seuils de gisement bois revus à la baisse.

Répartition et calendrier

150 sites, deux phases de déploiement

35 sites en Phase 1 (2029–2033) exclusivement en Zone A — validation industrielle sur le risque logistique minimal — avant tout déploiement en Zone B et C en Phase 2 (2034–2040). Cette séquence protège le programme contre un échec précoce sur des sites plus complexes.

TerritoireZoneSitesPhase 1 (29–33)Phase 2 (34–40)
Grand Ouest bocagerA552035
Grand Est forestierA30822
Massif CentralA25520
Normandie-Picardie céréalièreB1028
Nouvelle-Aquitaine (hors Landes)B10010
Bourgogne-Franche-ComtéB10010
Zones méditerranéennes (DFCI)C10010
TOTAL A+B+C15035115

35 sites Phase 1 (23 %) — exclusivement Zone A · 115 sites Phase 2 (77 %) — Zones A, B et C

Avant tout engagement

Trois préalables non négociables

Cette note constitue un cadre d'analyse stratégique — pas une localisation définitive. Avant tout engagement de Phase 1 sur un site précis :

1
Étude SIG département par département
Pour chaque bassin candidat, soustraire du gisement théorique : usages bois-énergie existants, zones Natura 2000, refus de contractualisation attendus (40–60 % des propriétaires sollicités), contraintes d'accès routier. Le gisement net mobilisable n'est connu qu'après cette soustraction.
2
Cartographie nationale des usages concurrents
La faisabilité d'un site isolé (étude Normandie) ne démontre pas que 150 sites sont faisables simultanément sans tensions cumulées sur la ressource et les prix. Une cartographie nationale croisant gisement et usages existants est la prochaine étape analytique indispensable.
3
Accord formel DFCI pour les sites de Zone C
Aucun site de Zone C ne doit démarrer sans un accord co-signé opérateur / service départemental DFCI / DRAAF, définissant zones de récolte prioritaires, volumes garantis, protocole d'audit du risque incendie et mécanismes de compensation en cas de sinistre.
Documentation et démonstrateurs

Ce que cette analyse change dans le corpus

Au-delà d'un programme énergétique, Résilience est aussi un programme de gestion des risques naturels. Les 10 sites de Zone C ne produisent pas seulement du biométhane — ils réduisent structurellement le risque d'incendie sur des millions d'hectares actuellement non gérés. Un argument pour Piednoir (OPECST) et les ministères de l'Agriculture et de l'Intérieur, au-delà du seul ministère de l'Énergie.