Cette page rassemble trois notes qui se lisent ensemble : la première dit pourquoi il faut retirer du CO₂, la deuxième combien, la troisième ce qui peut aggraver la situation.
Les PDF des trois notes, la synthèse en une page et l'annexe chiffrée « Bilan du carbone depuis 1850 » sont en bas de page. Toutes les autres notes du programme sur le CO₂ et le climat sont regroupées sur la page « Le CO₂ et le climat : l'enchaînement des phénomènes ».
📐 Statut de ce modèle — à lire en premier
Ce document n'est pas un modèle climatique prédictif. Il s'agit d'un modèle paramétrique prospectif destiné à explorer les ordres de grandeur et les tendances du bilan atmosphérique du CO₂ selon différentes trajectoires d'action humaine. Cette démarche part d'un constat simple : la réduction des émissions fossiles est indispensable, mais elle ne suffit pas à elle seule à faire rapidement diminuer le stock de CO₂ déjà présent dans l'atmosphère. La construction simultanée de capacités de retrait durable du CO₂ constitue une seconde composante de l'action climatique, particulièrement importante pour les émissions résiduelles des secteurs difficiles à électrifier ou à décarboner.
Les paramètres relatifs aux puits naturels, aux rétroactions climatiques, aux incendies et à la séquestration active constituent des hypothèses de scénario, et non des constantes physiques. Leur objectif est d'examiner la sensibilité des résultats aux différentes hypothèses et de dégager des tendances robustes — non de reproduire avec précision les modèles climatiques complets utilisés par le GIEC. Les puits naturels (océans, végétation) y réagissent à l'excès de CO₂ dans l'atmosphère, selon la réponse impulsionnelle de référence du cycle du carbone (Joos et al., 2013), calée sur les concentrations mesurées depuis 1850 ; les rétroactions (permafrost, incendies) et la séquestration active s'y ajoutent.
Les chiffres clés — 0,4 Gt/an de séquestration naturelle durable, 2,2 Gt/an de dégradation supplémentaire des puits (scénario incendies aggravés), ~6 Gt/an (5,94) d'objectif de séquestration Résilience, 2,3 Gt/an de résidu fossile difficilement compressible — sont des paramètres d'ordre de grandeur à lire comme hypothèses, scénarios ou objectifs, et non comme des prévisions ponctuelles.
Les orientations des scénarios restent cohérentes avec la réalité même si les paramètres varient significativement : quelle que soit la précision exacte des chiffres, la trajectoire statu quo monte, l'électrification seule ne fait pas redescendre le CO₂ sous le niveau actuel, et seule une séquestration durable active à grande échelle peut inverser la tendance. Ce sont des conclusions de structure — pas de valeur numérique précise.
Ce modèle ne conteste pas les scénarios climatiques du GIEC. Il examine une question complémentaire, que le GIEC lui-même pose dans l'AR6 : le retrait durable du CO₂ (CDR) y est reconnu comme inévitable pour compenser les émissions résiduelles difficiles à éliminer. Le modèle V5.1 s'inscrit dans la même logique paramétrique que les trajectoires SSP, avec deux extensions : horizon prolongé jusqu'en 2200 et scénario de séquestration active à grande échelle que les SSP ne modélisent pas encore explicitement. L'AR6 reconnaît que certaines rétroactions — incendies, permafrost — sont encore imparfaitement représentées dans les modèles ; c'est précisément ce que le scénario « incendies aggravés » cherche à tester.
L'objectif de ce modèle n'est pas de prévoir avec précision la concentration atmosphérique de CO₂ à l'horizon 2100 ou 2200. Une telle précision serait illusoire compte tenu des incertitudes portant sur les émissions futures, les puits naturels, les rétroactions climatiques et les trajectoires technologiques. L'objectif est différent : utiliser des hypothèses volontairement explicites et faire varier leur amplitude afin d'identifier les capacités d'action dont l'humanité devrait disposer pour éviter que le bilan atmosphérique ne devienne durablement défavorable. Un scénario n'est donc pas présenté comme une prédiction, mais comme un test de résistance du système. L'enjeu n'est pas de savoir si la valeur exacte sera de 650, 750 ou 850 ppm en 2200 ; l'enjeu est de déterminer quelles décisions restent robustes face à cette incertitude — et quel parapluie construire aujourd'hui, sachant que la pluie est déjà là.
Le bilan du carbone depuis 1850
Depuis 1850, l'humanité a déplacé environ 750 milliards de tonnes de carbone (GtC) : ~503 extraits du sous-sol et brûlés, ~248 perdus par la végétation et les sols (déboisement, mise en culture). Ce carbone a quitté un réservoir stable, le sous-sol, pour des réservoirs qui échangent avec l'atmosphère.
| Réservoir | Vers 1850 (GtC) | Variation 1850–2024 | Aujourd'hui (GtC) |
|---|---|---|---|
| Atmosphère | ~605 (285 ppm) | +292 | ~897 (423 ppm) |
| Océan | ~38 600 | +200 | ~38 800 |
| Végétation + sols (hors permafrost) | ~1 950 à 3 050 | −75 (+173 absorbés, −248 perdus) | ~1 875 à 2 975 |
| Béton, plastiques, bitume | 0 | +16 à 21 | ~16 à 21 |
Stocks de 1850 : GIEC AR5/AR6. Variations : Global Carbon Budget 2025. Écart non attribué du bilan : ~80 GtC (incertitudes).
Un océan qui absorbe, mais de moins en moins efficacement
Le carbone descend vers les profondeurs avec les eaux de surface qui plongent, et par la pompe biologique. Le réchauffement agit sur les deux termes : une eau plus chaude dissout moins de CO₂ (la teneur baisse), et, plus légère, elle se mélange moins avec les eaux profondes (le débit baisse ; le GIEC juge très probable un affaiblissement de la circulation atlantique au XXIe siècle). L'océan continue d'absorber, mais moins qu'il ne l'aurait fait dans un climat moins chaud.
Permafrost et tourbières : des réservoirs considérables dont la réponse reste difficile à maîtriser
~1 400 à 1 700 GtC dans les sols gelés du Nord — près de deux fois le carbone de l'atmosphère — et ~500 à 600 GtC dans les tourbières. Une partie peut être libérée en CO₂ et en méthane (~80 fois plus réchauffant que le CO₂ sur vingt ans). Pour le seul permafrost, le GIEC estime ~18 GtC par degré d'ici 2100, dans une fourchette de 3 à 41 GtC ; la plupart des modèles du système Terre n'incluent pas ce carbone. Ce n'est pas une incertitude marginale : c'est un risque supplémentaire, dont il faut tenir compte sans prétendre en connaître précisément l'ampleur.
Ce que ce bilan implique
Les puits naturels ont absorbé environ la moitié de nos émissions ; le GIEC conclut qu'ils en absorberont une part décroissante à mesure que le climat se réchauffe. Compter sur eux pour faire redescendre le CO₂ est un pari ; construire dès maintenant des capacités de retrait durable, en parallèle de la réduction des émissions, est une assurance. Les incertitudes portent sur l'ampleur et le calendrier des rétroactions : elles ne justifient pas d'attendre.
Lire la synthèse complète (PDF) → · Annexe chiffrée : bilan du carbone depuis 1850 (PDF) →
Trajectoires complètes — CO₂ et températures
La courbe noire retrace les données mesurées : analyses de carottes glaciaires pour la période 1873–1957, puis mesures continues de l'observatoire de Mauna Loa (Keeling curve) depuis 1958, et station Île Amsterdam (réseau ICOS-France) pour la France. Le genou visible vers 1980–1990 marque l'accélération nette — la concentration augmentait de 0,8 ppm/an dans les années 1960, elle dépasse 3,5 ppm/an en 2024.
Les cinq scénarios futurs partent tous du même point (~429 ppm en 2026) et divergent selon leurs émissions, les rétroactions et la séquestration active. Les puits naturels absorbent une partie de l'excès de CO₂, mais restituent une partie du carbone lorsque la concentration baisse : retirer une tonne de l'atmosphère ne la fait pas baisser d'autant à long terme.
Effet du scénario « incendies aggravés » (+2,2 Gt/an d'ici 2080)
| Scénario | Base — 2100 (ppm) | + Incendies — 2100 (ppm) | Base — 2200 (ppm) | + Incendies — 2200 (ppm) | Écart 2200 |
|---|
Le scénario « incendies aggravés » ajoute dans l'atmosphère un flux progressif atteignant 2,2 Gt CO₂/an en 2080 (≈20 % du puits terrestre), maintenu ensuite. L'écart est du même ordre pour toutes les trajectoires (~+20 ppm en 2200) ; l'électrification maximale repart alors à la hausse, la trajectoire Résilience continue de baisser.
⚠ Incendies aggravés — un risque réel depuis 2020
- Canada 2023 : 18,4 Mha brûlés — plus grande saison d'incendies jamais enregistrée, émission estimée ~1,8 Gt CO₂ en quelques mois, transformant temporairement les forêts canadiennes en source nette.
- Sibérie (récurrent) : tourbières et forêts boréales brûlent chaque été, libérant du CO₂ et du CH₄ millénaire accumulé — feedback non linéaire avec le réchauffement.
- Méditerranée (Grèce, Portugal, Algérie) : saisons d'incendies de plus en plus longues, zones brûlées 3× supérieures à la moyenne 1980–2000.
- Amazonie : combinaison sécheresses record + déforestation — basculement partiel de puits à source nette documenté sur 2015–2020 (Nature, Gatti et al., 2021).
- France — été 2026 : près de 98 000 ha brûlés fin septembre 2026 — record depuis 1976, très au-delà de 2022 (année record de la période satellitaire). Émissions de l'ordre de 5 à 13 Mt CO₂ selon le type de végétation (garrigue : 50–80 t/ha, pinèdes : 80–130 t/ha). Ce résultat confirme l'hypothèse du scénario « incendies aggravés » : la France méditerranéenne bascule structurellement vers des saisons d'incendies d'une ampleur auparavant exceptionnelle. Sources : ministère de l'Intérieur (septembre 2026) · EFFIS — European Forest Fire Information System.
- Si cette tendance se poursuit, le puits terrestre (~11 Gt/an) pourrait perdre ~20 % de sa capacité d'ici 2080, soit ~2,2 Gt/an supplémentaires qui s'accumulent dans l'atmosphère. Le modèle V5.1 teste ce mécanisme : il ajoute ~+20 ppm en 2200 à chaque trajectoire (une partie du surplus est réabsorbée par l'océan). Statu quo et −50 % montent plus vite, l'électrification maximale ne se maintient plus sur son plateau et remonte (~440 ppm en 2200). Résilience continue de baisser (~353 ppm au lieu de ~332 ppm en 2200) : ses ~6 Gt/an de séquestration active ne dépendent pas des puits naturels.
Puits naturels : absorption cyclique ≠ élimination permanente
Les écosystèmes terrestres et océaniques sont traversés par des flux naturels de carbone très supérieurs à leur puits net vis-à-vis des émissions anthropiques — c'est le terme de « puits de carbone » au sens du Global Carbon Budget, terme scientifiquement établi. Mais une grande partie du carbone échangé annuellement relève de cycles rapides réémis en quelques décennies. Un puits naturel net ne doit pas être confondu avec une élimination permanente du CO₂ atmosphérique. L'essentiel du carbone fixé chaque année par la végétation est réémis en quelques années à quelques décennies par respiration, décomposition et perturbations ; seule une faible fraction rejoint des réservoirs millénaires. En outre, dans un climat qui se réchauffe, la capacité de ces puits peut se dégrader, voire devenir localement une source nette.
⚠ Ce qu'un puits naturel net ne fait pas — distinction essentielle
- Forêts : le carbone fixé par photosynthèse retourne à l'atmosphère par respiration des arbres (~50%), décomposition de la litière (~40%), incendies et perturbations. Seul ~2–3% s'accumule dans l'humus profond ou les sédiments sur des millénaires.
- Océans : le CO₂ dissous dans les eaux de surface est réémis quand les eaux froides remontent ou que la température augmente. La solubilité du CO₂ diminue avec la température — les océans chauds absorbent moins. Le CO₂ transféré vers l'océan profond y reste plusieurs siècles, mais une partie dégaze à nouveau lorsque la concentration atmosphérique baisse ; seule la fraction qui atteint les sédiments (~0,1 Gt/an) est stockée à l'échelle millénaire.
- Dégradation avec le réchauffement : au-delà de +2°C local, les puits terrestres peuvent basculer en sources nettes — déjà observé sur des zones amazoniennes et boréales.
- Hypothèse de séquestration durable de scénario : ~0,4 Gt/an (ordre de grandeur — fourchette littérature 0,2–0,6 Gt/an) est la fraction qui s'accumule réellement dans l'humus profond et les carbonates marins profonds sur des échelles millénaires. Ce paramètre de scénario est environ 50 fois inférieur au puits net affiché dans les bilans courants (~20 Gt CO₂/an, terres + océans), dont l'essentiel est stocké de façon réversible.
✅ Ce que Résilience fait différemment
- Biochar EBC (H/C < 0,4, ≥ 700°C) : le carbone de la biomasse est pyrolysé en une structure aromatique stable sur des millénaires — séquestration permanente certifiée, ~2,5–3,1 t CO₂eq/t biochar. Non réversible par les incendies (stabilité thermique du biochar).
- CO₂ biogénique concentré → minéralisation géologique : les 150 sites de pyrogazéification produisent un flux de CO₂ biogénique pur. Ce CO₂ est injecté dans des formations basaltiques ou des aquifères salins où il se minéralise en quelques années (CarbFix, Islande). Permanence : >10 000 ans.
- Montée en puissance mondiale : ~4,7 Gt/an de biochar + ~0,5 Gt/an d’enrichissement des sols + ~0,7 Gt/an de CO₂ biogénique en géologie et carbonatation = ~5,9 Gt/an sur ~800 Mha (2060–2065), montée progressive depuis 2030. En déploiement complet, jusqu’à ~7 Gt/an.
- Immunité aux incendies : la séquestration active Résilience ne dépend pas des puits naturels — elle les remplace et dépasse. Même si les forêts basculent en sources nettes, le bilan Résilience reste fortement négatif.
Le schéma ci-dessous résume cette distinction : les puits naturels font des allers-retours avec l'atmosphère, la séquestration Résilience est un aller simple. C'est pourquoi les ~20 Gt CO₂/an de puits naturels et les ~6 Gt CO₂/an de séquestration durable ne se placent pas dans le même panier — et pourquoi la conclusion de structure des scénarios reste valable même si les valeurs précises en ppm comportent des incertitudes.
⚡ Électrification maximale — les émissions résiduelles difficiles à supprimer
Même en électrifiant tout ce qui est électrifiable (logements, industrie basse T°, véhicules légers), le bilan V11 identifie ~290 TWh fossiles structurellement irremplaçables par l'électricité seule : aviation long-courrier (kérosène), poids lourds longue distance, industrie haute température (>500°C), agriculture hors réseau. À l'échelle mondiale (en proportion), ce résidu représente ~2,3 Gt CO₂/an dans le scénario retenu pour l'électrification maximale.
Ce résidu, ajouté aux rétroactions, maintient le CO₂ sur un plateau élevé : ~420 ppm, soit le niveau actuel, jusqu'en 2200. Si les puits naturels se dégradent, il remonte lentement (~440 ppm en 2200). Dans les scénarios étudiés, les mécanismes naturels ne suffisent pas à ramener le CO₂ sous le niveau actuel sans extraction active supplémentaire.
Correspondances CO₂ / température
Relation logarithmique : chaque doublement de CO₂ par rapport au niveau préindustriel (280 ppm) entraîne +3°C (ECS médiane GIEC AR6, fourchette 2,5–4,0°C). La température affichée dans les graphiques intègre un décalage de 20 ans dû à l'inertie thermique des océans, calibré pour reproduire l'anomalie observée (~+1,3 °C en 2025).
| CO₂ (ppm) | Anomalie T° (équilibre) | Situation / Seuil |
|---|---|---|
| 280 ppm | 0°C | Niveau préindustriel — objectif Résilience à long terme |
| 332 ppm | +0,74°C | Résilience V11 en 2200 (objectif de déploiement) |
| 350 ppm | +0,97°C | Objectif climatique sûr (Hansen/NASA) — franchi par Résilience vers 2160 |
| 380 ppm | +1,32°C | Résilience V11 en 2100 |
| 389 ppm | +1,42°C | Zéro fossile dès 2045, sans séquestration active, en 2200 |
| 421 ppm | +1,76°C | Électrification max en 2200 (plateau) |
| 429 ppm | +1,85°C éq. / +1,3°C observé | ⬅ Niveau 2026 · T° équilibre non encore atteinte (inertie thermique) |
| 441 ppm | +1,97°C | Électrification max + incendies aggravés en 2200 |
| 444 ppm | +2,00°C | Seuil Accord de Paris — +2°C à l'équilibre (ECS=3°C) |
| 537 ppm | +2,82°C | −50 % fossiles en 2200 (toujours en hausse) |
| 560 ppm | +3,00°C | Doublement préindustriel — seuil critique |
| 604 ppm | +3,33°C | Statu quo fossile en 2100 |
| 788 ppm | +4,48°C | Statu quo fossile en 2200 |
| 808 ppm | +4,59°C | Statu quo + incendies aggravés en 2200 |
Note : les températures d'équilibre ci-dessus sont des correspondances physiques directes (ECS = 3,0°C/doublement, médiane AR6). Les températures modélisées dans les graphiques intègrent un décalage de 20 ans — elles sont inférieures à l'équilibre pour toute année en cours de transition.
⚠ Incertitudes de la modélisation V5.1
- ECS : fourchette AR6 = 2,5–4,0°C/doublement. Ce document utilise 3,0°C (médiane). Un ECS à 4°C augmenterait toutes les températures d'environ +33 % — et, par les boucles carbone, le CO₂ lui-même (voir le complément « Boucles d'amplification » ci-dessous).
- Permafrost : estimations AR6 = 50 à 200 Gt CO₂eq d'ici 2100. Ce document utilise ~100 Gt (médiane), modulé par la T° locale dans chaque scénario.
- Puits naturels : réponse impulsionnelle moyenne multi-modèles (Joos et al., 2013), calée sur les concentrations mesurées. Elle ne représente pas explicitement l'affaiblissement des puits par le réchauffement (−20 % déjà mesuré par le Global Carbon Budget 2025) : c'est l'objet des rétroactions et du scénario « incendies aggravés ».
- Séquestration naturelle permanente : estimée à ~0,4 Gt/an (fourchette littérature : 0,2–0,6 Gt/an). Paramètre de scénario, non une estimation indépendante.
- Potentiel séquestration Résilience : ~6 Gt/an (5,94) est l'estimation centrale sur 800 Mha (biochar ~4,7 + sols ~0,5 + géologie et carbonatation ~0,7). À 400 Mha (~3 Gt/an), la descente du CO₂ est ralentie (~361 ppm en 2200 au lieu de ~332) mais reste qualitativement différente de l'électrification. En déploiement complet (~7 Gt/an), le passage sous 350 ppm serait avancé vers 2145.
- Incendies aggravés : +2,2 Gt/an d'ici 2080 (≈20 % du puits terrestre) est un stress-test pessimiste plausible, non une médiane. Le scénario de base ne suppose pas de dégradation supplémentaire.
- Ces trajectoires sont des projections paramétriques construites dans la logique des SSP de l'AR6, non des modèles de circulation générale (GCM).
Ce que ce modèle démontre
Ce modèle prospectif cherche à répondre à une question opérationnelle : que devient la concentration atmosphérique de CO₂ selon les actions que l'humanité est effectivement capable de mettre en œuvre ?
Il met en évidence trois résultats qui se tiennent quelle que soit la précision des paramètres :
1 · Réduire les émissions ne suffit pas à faire baisser le CO₂
Avec −50 % des fossiles, le CO₂ continue de monter (~540 ppm en 2200). Avec une électrification maximale laissant ~2,3 Gt/an d'émissions résiduelles, il plafonne vers 440 ppm puis reste sur un plateau proche du niveau actuel (~420 ppm) pendant deux siècles. Électrifier ≠ supprimer les émissions ≠ faire baisser le CO₂ atmosphérique. C'est une distinction de nature, pas de degré.
2 · Même zéro émission fossile ne suffit pas nécessairement à faire redescendre rapidement le CO₂
Si le système terrestre continue à subir incendies, sécheresses, dégel du permafrost et dégradation des forêts, le bilan net atmosphère–biosphère–océan peut rester positif ou quasi-nul même après l'arrêt total des fossiles. Même sans dégradation des puits, l'arrêt total des fossiles en 2045 ne ramène le CO₂ qu'à ~405 ppm en 2100 et ~390 ppm en 2200 : la baisse est lente, car l'océan restitue une partie du carbone absorbé à mesure que la concentration diminue.
3 · La séquestration durable active est la seule voie pour inverser la trajectoire
L'objectif de ~6 Gt/an de séquestration Résilience ne doit pas être lu comme une prédiction mais comme la capacité qu'il faudrait construire pour non seulement arrêter la croissance du CO₂ mais inverser la trajectoire à l'échelle du siècle. Le modèle matérialise cette montée progressive de 2030 à 2065 : le CO₂ passe sous 350 ppm vers 2160 et atteint ~332 ppm en 2200 ; le retour à 280 ppm demande de prolonger l'effort au-delà de 2200. Plus le déploiement tarde, plus la Phase 2 — faire redescendre — devient difficile, car entre-temps le système climatique dégrade les puits naturels et réduit les marges de manœuvre.
Pourquoi un plateau de CO₂ n'est pas une stabilité
Les trajectoires ci-dessus suivent la méthode et les valeurs de référence du GIEC : elles restent la base. Elles intègrent le permafrost et un stress-test « incendies aggravés », mais pas l'enchaînement des rétroactions entre elles — la note V5.1 le signale elle-même. Or le CO₂ déjà présent (~429 ppm) a enclenché une boucle d'amplification en quatre étages : la neige et la glace reculent, les sols s'assèchent — ils chauffent l'air et retiennent moins bien la pluie, d'où des nappes moins rechargées et des crues plus brutales —, la végétation absorbe moins, et les réservoirs lents (permafrost, tourbières) commencent à libérer leur carbone. Chaque étage aggrave le suivant, et le dernier renvoie au premier.
Un plateau de concentration n'est pas un plateau des dégâts
Arrêter les émissions fossiles stabilise à peu près la température (GIEC AR6). Mais au niveau actuel, les compartiments lents continuent de se dégrader :
- les glaciers poursuivent leur fonte vers un nouvel équilibre : ~39 % de la masse mondiale de 2020 déjà engagée, même à +1,2 °C ;
- le permafrost continue de libérer son carbone pendant des siècles ;
- les tourbières asséchées et les forêts dépérissantes restent des sources tant que les sols ne sont pas réhumidifiés ;
- les canicules s'intensifient plus vite que la moyenne mondiale.
Ces flux doivent être compensés chaque année ; sinon, le plateau de l'électrification devient une lente remontée.
Une fenêtre qui se referme : la séquestration dépend elle aussi de la végétation
La chaîne biomasse → pyrogazéification → biochar + CO₂ biogénique ne peut retirer que le carbone que les plantes ont d'abord capté. Or la sortie des fossiles prendra des décennies, pendant lesquelles la température monte et la végétation s'affaiblit : la croissance des forêts françaises a déjà reculé de 4 % en dix ans. À court terme, la boucle produit de la biomasse (bois mort, biomasse brûlée) ; à long terme, elle érode la base productive. Plus on attend, moins on peut retirer : la séquestration doit être construite pendant la décarbonation, et non après.
Impact des boucles carbone sur les cinq trajectoires
Le modèle paramétrique de la V5.1 a été reconstruit selon la même méthode (il retrouve les valeurs publiées à ±10 ppm près), puis complété par l'affaiblissement des puits avec la température (ordres de grandeur du Global Carbon Budget 2025) et par l'érosion de la biomasse disponible pour la séquestration. Les boucles « température » ne sont pas ajoutées une seconde fois : elles sont déjà incluses dans la sensibilité climatique de 3 °C.
| Scénario | CO₂ 2100 : V5.1 → avec boucles | CO₂ 2200 : V5.1 → avec boucles (fourchette) | Écart de température en 2200 |
|---|---|---|---|
| Statu quo | 604 → ~633 ppm | 788 → ~1 040 ppm (890–1 270) | +0,9 °C |
| −50 % fossiles | 485 → ~501 ppm | 537 → ~605 ppm (567–659) | +0,4 °C |
| Électrification maximale | 420 → ~429 ppm | 420 → ~438 ppm (428–451) | +0,17 °C |
| Zéro fossile dès 2045 | 405 → ~413 ppm | 389 → ~402 ppm (395–411) | +0,13 °C |
| Résilience V11 | 380 → ~387 ppm | 332 → ~339 ppm (335–344) | +0,09 °C |
Valeur centrale ; entre parenthèses, hypothèses basse à haute. Résilience V11 : passage sous 350 ppm vers ~2175 au lieu de ~2160. Tourbières et dégel abrupt du permafrost non inclus : l'effet réel est plutôt sous-estimé.
Volet température — et si les boucles rapides étaient plus fortes que prévu ?
Les boucles neige-glace, nuages et sols agissent d'abord sur la température, en quelques années, puis sur le CO₂. Plusieurs signaux récents justifient de tester une sensibilité plus élevée que la valeur de référence : réflectivité arctique en recul plus rapide que dans les modèles, réflectivité de la planète au plus bas en 2023, déséquilibre énergétique doublé entre 2005 et 2019. Deux stress-tests font monter la sensibilité au-delà du réchauffement actuel, jusqu'à 3,5 °C (H1) et 4 °C (H2, borne haute du GIEC), sans changer le réchauffement observé aujourd'hui.
- Le pic de réchauffement des trajectoires ambitieuses passe de ~2 °C à ~2,2–2,4 °C ; avec 10 ans de retard, il approche ~2,8 °C.
- Le CO₂ suit ensuite : permafrost jusqu'à +40 % d'ici 2100, puits plus affaiblis, biomasse de séquestration réduite.
- Sans retrait actif, l'électrification maximale et le zéro fossile voient température et CO₂ remonter après 2100.
Ce que les boucles changent — et ce qu'elles ne changent pas
Les boucles pèsent d'autant plus que la température reste haute : en 2200, elles ajoutent ~+7 ppm à Résilience V11 et ~+250 ppm au statu quo. Résilience reste la seule trajectoire qui redescend dans tous les cas, précisément parce qu'elle fait baisser la température. Mais elle perd sa marge : si boucles rapides et boucles carbone sont fortes, ou si le déploiement prend 10 ans de retard, le passage sous 350 ppm sort de l'horizon 2200. Le retrait durable doit donc être dimensionné avec une réserve, et lancé tôt.
1 · Pourquoi agir — Du bilan historique du carbone à la nécessité d'un retrait durable
Bilan 1850–2024, puits naturels affaiblis par le climat, permafrost et tourbières, ce qu'impliquent les incertitudes, où stocker durablement le carbone, et pourquoi Résilience 2045 · Annexe chiffrée : Bilan du carbone depuis 1850
Programme Résilience V11 · Octobre 2026
En une page — CO₂, températures et boucles d'amplification (notes 2 et 3)
L'essentiel en une page, pour un lecteur non spécialiste : ce que donne le calcul classique selon les méthodes du GIEC, ce que les boucles d'amplification y changent, et ce qu'il faut en retenir — sortir des fossiles stabilise au mieux le climat ; seul un retrait durable fait redescendre le CO₂
Programme Résilience V11 · Octobre 2026
2 · Combien — Note CO₂ atmosphérique et températures V5.1
Modèle paramétrique · Séquestration permanente vs cyclique · Scénario incendies aggravés · Données 1873–2200
Programme Résilience V11 · Octobre 2026
Note complémentaire — Pourquoi la nature seule ne suffira pas
Puits naturels réversibles, limites physiques, incendies et séquestration active — fondements du modèle
3 · Ce qui peut aggraver — Note Boucles d'amplification climatique
Neige et glace, sols, végétation, permafrost, tourbières · Impact des boucles sur les cinq trajectoires de la V5.1 · Volet température : et si les boucles rapides étaient plus fortes que prévu ?
Programme Résilience V11 · Octobre 2026